Colloque « Spectres de Beckett »

2 et 3 avril, 2009
Université Paris IV-Sorbonne
Université Paris 7-Denis Diderot
Centre d'art Bétonsalon

Désignant à l’origine l’apparition effrayante d’un mort (fantôme, revenant) – du latin spectrum –, le spectre, apparence sensible qu i se donne pour une réalité, ne cesse de menacer l’œuvre beckettienne – « agiter le spectre de » –, maintenue ainsi en tension. Dans le domaine scientifique, le spectre peut également être défini comme un ensemble d’images juxtaposées formant une suite ininterrompue de couleurs, et correspondant à la décomposition de la lumière blanche par réfraction (prisme) ou diffraction (réseau).

La notion de spectre s’avère particulièrement éclairante quant à l’écriture de Samuel Beckett et à la réception de son œuvre. Elle génère tout d’abord un nouveau rapport à la mort et au corps, instable, insaisissable, en fuite perpétuelle, évanescent, entre présence et absence, possession et dépossession, entraîné dans un processus récurrent d’apparition fugace d’une trace en instance d’effacement. Il s’agit pour le corps spectral, « forme sans forme », à la fois de « prendre forme » et de « donner forme », sans toutefois renoncer à une matérialité pourtant intenable, problématique. Passage furtif ou stase toujours déjà dissipée, le spectre soutient le principe d’incertitude à l’œuvre dans le travail de Beckett. Avec le spectre, qui n’existe qu’à travers le regard posé sur lui, ce sont le partage du même et de l’autre, et la relation du sujet à lui-même et au monde qui se voient troublés.

Le spectre génère également une ouverture (du temps, de l’espace), en créant un temps sans fin ni commencement, un recommencement sans origine et sans issue, un nouvel espace sans borne – celui de l’inconscient ? –, en questionnant donc la notion de « limite », par la réduplication qu’il implique.

Enfin, le spectre est bien un lieu de tension entre l’héritage qu’il recueille en lui, et le legs qu’il laisse après lui, dans une temporalité complexe, dialogique, bilatérale.

Lors de ce colloque placé sous le signe du spectre, nous jouerons donc sur l’équivoque de ce terme et de sa logique : comme mémoire « critique » (dans l'ambivalence du terme, à la fois « analyse », « lecture critique » et « mise en crise » de l'interprétation, du statut de l'oeuvre littéraire) et comme multiplicité, diversité (au sens physique du spectre lumineux). A l'horizon donc : le déplacement, voire le renouvellement et l’ouverture à une variété d’approches critique.

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Spectral Beckett Conference

2 and 3 April, 2009
Université Paris IV-Sorbonne
Université Paris 7-Denis Diderot
Centre d'art Bétonsalon

Originally designating the fearful apparition of the dead (phantoms, ghosts) – from the Latin spectrum – spectres, that is, visions that take on the appearance of reality, continually menace Beckett’s œuvre and maintain its tensions through ‘spectral,’ or ‘ghosting,’ effects. The word ‘spectral’ can also take on a scientific meaning in relation to the formation of a color spectrum that derives from the decomposition of the color white by refraction (via a prism) or diffraction (via an obstacle or opening).

The notion of the spectral is particularly illuminating for Beckett’s writing and the reception of his work. It produces a new relation to death and the body, unstable, elusive, flighty, evanescent, hovering between presence and absence, possession and dispossession, and involving the recurring and fugitive appearance of a trace on the verge of being effaced. The spectral body, ‘a formless form,’ must both ‘take on form’ and ‘give form to,’ without giving up on an untenable and problematic materiality. Passing furtively or the effect of an always already scattered stasis, the spectral upholds the principle of uncertainty at work in Beckett’s œuvre. Existing only in the eyes of the beholder, the spectral confounds the divide between identical and other and the relation of the subject to itself and the world.

The spectral also generates another opening (of time and space) in creating a time without end or beginning, a beginning again without origin or ending, a new space without boundaries – the site of the unconscious perhaps? – in putting the notion of ‘limit’ in question by the redoubling it implies.

Finally, a specter suggests the place of tension between the heritage it has collected and the legacy it leaves behind within a complexly dialogical and bilateral temporality.

During this conference, placed under the sign of the spectral, we will play on the equivocal nature of this term and its logic: in the form of the ‘critical’ mémoire (in its ambivalent meanings of ‘analysis,’ ‘critical reading,’ and probing of the ‘crisis’ of interpretation and the status of literary texts) and in the form of multiplicity and diversity (in the physical sense of the luminous spectrum). On the horizon then are the displacement, or better, the renewal of and opening to an entire spectrum of critical approaches.

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