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À l'orée de deux pensées

« […] j’avais un faible pour les clôtures,
pour les clôtures de fil de fer, un grand faible ;
pas pour les murs, ni pour les palissades,
ni pour les haies opaques, non ;
mais pour tout ce qui limitait le mouvement,
sans pour autant limiter la vue, pour le fossé,
la fosse, le fenêtre à barreaux, le marécage,
le sable mouvant, la claire-voie, pour tous
j’avais de la tendress, à cette époque,
une grande tendresse. »
(Watt, p. 162-63)



Où se trouve la frontière entre deux langues?
Comment concevoir et traverser cette limite?

Né d’une exigence et d’un besoin de rapprochement entre deux pensées contiguës et pourtant relativement désunies, « Limit(e) Beckett » a pour objectif de décloisonner ces deux univers critiques – anglophones et francophones.

Tout comme la limite est d’abord un chemin de traverse (du latin limes), soit un lieu de passage, il s’agit ici d’ouvrir un espace de dialogue, susceptible d’interroger et d’explorer les territoires beckettiens à la fois linguistiques et culturels, mais aussi de conjuguer différentes approches critiques et de mettre en relation des chercheurs – anglophones et francophones, jeunes et confirmés – en offrant une visibilité à leurs écrits critiques, par le biais de publications semestrielles en ligne.

A notre tour, dans le sillage de Beckett lui-même, nous nous efforcerons de nous placer au seuil de deux espaces de pensées, afin de travailler la limit(e) et de porter, tant sur l’œuvre que sur la critique beckettienne, un regard oblique, source féconde de lectures nouvelles.

On the threshold of two thoughts

“I was very fond of fences,
of wire fences, very fond indeed;
not of walls, nor palisades,
nor opacious hedges, no;
but to all that limited motion,
without limiting vision, to the ditch,
the dyke, the barred window, the bog,
the quicksand, the paling,
I was deeply attached at that time,
deeply deeply attached.”
(Watt, p. 156)



What demarcates one language from another?
How are we to conceive of and cross over such limits?

Born of the need to draw together two adjacent yet relatively disconnected ways of thinking, Limit(e) Beckett aims to break down the barriers between the anglophone and francophone critical universes.

On the example of a limit, from the Latin limes, a borderline between fields and a passageway, our aim is to open a space for dialogue where, within Beckett studies, various territories, both linguistic and cultural, can be explored and different approaches combined. The hope is that by offering them a place to showcase their publications, Limit(e) Beckett will bring researchers – whether anglophone or francophone, young or established – into increased contact with one another.

Following in the footsteps of Beckett himself, we endeavour to place ourselves on the threshold of two zones of thought, and in testing the limit(e) of each and looking obliquely at both Beckett’s oeuvre and Beckett scholarship, to open up spaces for new readings.